L’arrivée de Kairos
Je crois que certaines décisions ne commencent pas au moment où on les prend. Elles commencent bien avant.
Si vous aviez demandé à la petite fille que j’étais comment est le cheval de ses rêves, je vous aurez décrit sans hésitation un cheval d’environ 1m60 au garrot, le dos court, bai avec du blanc sur la tête. Et quand je regarde Kairos aujourd’hui, je crois bien qu’elle coche toutes ces cases…
Comme quoi, il n’y a pas de hasard dans la vie.
LE PROJET d’acheter un cheval faisait déjà son chemin dans ma tête depuis plusieurs mois, sans s’approcher de la concrétisation. C’était là, en arrière-plan, mais je l’avais mis de côté.
À ce moment-là, j’avais d’autres priorités. Mon entreprise prenait de la place, demandait de l’énergie, de la stabilité. J’étais aussi en plein travail personnel, et je le suis encore, avec l’envie de construire quelque chose de solide avant d’ajouter une nouvelle responsabilité. Et puis j’avais déjà une demi-pension, un équilibre, une routine, qui me convenait. Ajouter un cheval dans ma vie, ce n’était pas rien. C’était du temps, de l’argent, de l’engagement. Alors j’ai fait ce qui me semblait le plus juste : j’ai mis ce projet en pause.
Je ne savais pas encore qu’il fracasserait la porte pour s’imposer à moi.
La proposition
On m’a proposé d’acheter Kairos en décembre, une pouliche de presque 2 ans. Pas un cheval prêt, pas un cheval formé. Elle était à peine manipulée par l’humain. Et cette proposition est arrivée à un moment où je n’étais pas du tout en recherche active.
Elle était là, dans les écuries où je montais, alors je suis allée la voir.
Je ne savais pas exactement ce que je cherchais. Je ne savais pas si j’étais prête. Mais j’avais besoin de voir, de ressentir, de comprendre ce que ça venait faire chez moi.
Et il s’est passé quelque chose.
Pas quelque chose de spectaculaire. Pas un coup de foudre comme on peut l’imaginer. Mais une sensation claire, une curiosité. Un lien qui commence à se dessiner sans que je sache encore ce qu’il signifie.
Le début des réflexions
À partir de là, tout s’est enclenché. Pas dans l’action, mais dans la réflexion. Je suis retournée la voir plusieurs fois. J’ai pris le temps. Et en parallèle, j’ai commencé à poser les choses concrètement.
Je me suis replongée dans mes chiffres. J’ai refait un business plan pour voir si ce projet pouvait être viable. Pas dans l’idée de me mettre en difficulté, mais justement pour éviter ça. J’avais besoin de savoir si c’était raisonnable, si ça pouvait s’intégrer dans ce que je construisais.
J’ai aussi contacté ma formatrice en comportement équin. J’avais besoin d’un regard extérieur, d’un échange honnête. Est-ce que c’était le bon moment ? Est-ce que j’étais prête ? Est-ce que ce projet avait du sens dans mon évolution ?
Les réponses n’étaient pas toutes claires, mais globalement, rien ne s’opposait vraiment à ce projet. Alors j’ai continué à avancer.
J’ai pris rendez-vous à la banque pour réfléchir à des solutions de financement. L’idée n’était pas de tout risquer, mais de sécuriser les choses. Garder une marge. Ne pas me retrouver dans une situation inconfortable.
Tout avançait doucement.
Le doute qui s’installe
Et puis les semaines ont passé. Un mois. Puis un peu plus.
On a organisé la visite d’achat avec le vétérinaire, mais en parallèle, les choses se sont compliquées. J’ai eu des différends avec les gestionnaires de l’écurie où elle était. Je me suis sincèrement demandé si ça valait le coup de persister face à toutes ces tensions.
À ce moment-là, tout s’est mélangé. Parce qu’en dehors de ça, d’autres choses se passaient dans ma vie.
Ma voiture m’a lâché. Mon entreprise me faisait douter. Je me demandais si j’étais capable de tenir, si les chiffres allaient suivre, si j’étais à la hauteur de ce que je voulais construire.
Et au milieu de tout ça, mon chien s’est fait taper par un cheval. Plus de peur que de mal, mais suffisamment pour rajouter une couche d’émotion, de stress, de vigilance.
C’était beaucoup à gérer émotionnellement. Je peux vous dire que j’ai passé du temps à pleurer sur ces semaines là, à culpabiliser, à douter. J’ai pensé à tout arrêter.
J’en ai beaucoup parlé autour de moi. J’ai cherché des avis, du soutien, des repères. Et globalement, mon entourage était rassurant. Encouragent même. Et surtout, j’étais soutenue.
Mais à l’intérieur, ce n’était pas aussi simple. Parce que ce n’était pas une décision rationnelle uniquement. C’était un engagement. Un choix de vie.
Ce mois-là a été émotionnellement chargé. Pas seulement à cause du projet, mais parce que tout s’accumulait. Et dans ces moments-là, prendre une décision devient forcément plus difficile.
Mais j’ai sauté le pas.
L’arrivée
Il a fallu organiser le transport. Prévoir un déménagement pour une pouliche dont on ne savait même pas si elle allait embarquer dans un van. C’était un pari.
Elle est montée étonnamment rapidement. Le trajet s’est bien passé. Et à l’arrivée, nouveau défi : descendre.
J’avoue que j’étais tellement focalisée sur le fait de partir de cette écurie que je n’avais même pas envisagé que le débarquement pouvait poser problème…. Ça a été compliqué. Très compliqué. Heureusement, le van avait un pont avant, ce qui a permis de trouver une solution.
Les premières semaines
Quand elle est arrivée, elle n’était pas en grande forme.
Assez maigre. Une dermatophilose bien installée. De la gale de boue. Et quelques jours plus tard, une infestation de poux.
Beaucoup de petits problèmes qui s’enchaînent. Rien de dramatique, mais suffisamment pour demander de l’attention, du soin, de l’énergie.
Les premières semaines ont été rythmées par ça. Soigner. Observer. Adapter. Prendre le temps de la remettre bien, avant même de penser à autre chose.
Aujourd’hui
Aujourd’hui, ça fait deux mois qu’elle est là. Et les choses ont évolué.
Elle a repris du poids. Elle a grandi. Elle s’est posée dans son environnement. Elle commence à trouver ses repères. Et moi aussi.
On a commencé à mettre en place les premiers apprentissages. L’objectif n’est pas d’aller vite.
C’est de construire quelque chose dans la collaboration, le respect et de laisser la place à la discussion.
Avec du recul, cette histoire ne parle pas seulement d’un achat. Elle m’a montré que l’on peut avancer même sans certitude totale, que réfléchir n’empêche pas d’avoir peur, que douter ne veut pas dire se tromper.
Elle m’a aussi rappelé que les projets ne se construisent pas dans des conditions parfaites. Ils s’inscrivent dans la réalité, avec ses imprévus, ses contraintes, ses moments de flottement.
Aujourd’hui, rien n’est figé, rien n’est écrit. Mais une chose est sûre : ce projet est en train de prendre sa place.
Et la suite, on va la construire ensemble.