Quand le métier me bouscule : mes moments de doute, de fatigue et de remise en question
Je crois qu’on parle trop peu de ce qu’il y a derrière le métier de comportementaliste. On voit les séances, les réussites, les sourires, les animaux qui progressent… mais on voit rarement ce qui se passe à l’intérieur de nous.
Et pourtant, l’intérieur, c’est le cœur du métier. C’est là que tout se joue : la confiance, la fatigue, les limites, la charge émotionnelle, et cette petite voix qui demande en permanence « Est-ce que je fais assez ? Est-ce que je fais bien ? »
Alors aujourd’hui, j’avais envie de parler de ça. De mes moments de doute, de mes remises en question, et de ce que ce métier m’apprend sur moi chaque jour.
Le manque de confiance : celui qui revient encore et encore
Je suis dans ma troisième année d’activité, et malgré les bilans réalisés, les suivis réussis, les retours positifs… la confiance n’est jamais acquise. Elle monte, retombe, revient, disparaît. C’est un mouvement permanent.
Je me demande souvent si j’ai fait le bon choix, si j’ai les mots justes, si je suis à la hauteur. Un cas complexe peut suffire à faire vaciller l’édifice. Il suffit d’un animal très en difficulté, d’un humain très stressé, d’une situation qui me dépasse un instant, pour que des doutes profonds reviennent.
C’est normal. C’est humain. Mais ça reste dur.
La remise en question permanente : mon outil, mais aussi mon piège
Ce métier oblige à la remise en question. Chaque animal est différent. Chaque famille est différente. Ce qui marche pour l’un échoue pour l’autre. Alors j’analyse tout, tout le temps. Je décortique mes mots, mes gestes, mes propositions, mes observations.
Mais parfois, cette remise en question devient trop lourde. Elle se transforme en critique intérieure. En auto-jugement. En charge mentale qui ne s’arrête jamais.
Je me surprends à refaire dans ma tête des phrases prononcées quatre heures plus tôt. À rejouer un bilan au lieu de le laisser vivre. À chercher ce que j’aurais pu faire « mieux » plutôt que d’accepter que j’ai fait de mon mieux.
Mon perfectionnisme : cette force qui peut vite devenir une contrainte
Je suis perfectionniste. Vraiment.
Pas parce que j’ai besoin que tout soit parfait visuellement. Pas parce que j’ai besoin que tout soit impeccable.
Mais parce que je m’interdis l’échec.
Et quand on travaille avec des êtres vivants, émotionnels, sensibles… L’échec fait partie du voyage. Il y a des jours où rien ne se passe comme prévu. Des jours où l’animal est fatigué, où l’humain est tendu, où les émotions débordent.
Pour quelqu’un comme moi, qui veut tellement bien faire, qui veut aider, qui veut accompagner au mieux… Ces moments sont difficiles. Ils me poussent à être trop dure avec moi-même. À oublier que les émotions des autres ne sont pas les miennes. À oublier que je ne contrôle pas tout.
Petit à petit, j’apprends à lâcher. À accepter que la progression n’est jamais linéaire. À reconnaître que le perfectionnisme n’est pas synonyme de qualité.
La charge émotionnelle : ce que personne ne voit
C’est sans doute la partie la plus invisible. La plus lourde aussi. Un bilan compliqué me vide. Gérer la colère d’un humain, la peur d’un autre, la frustration, la tristesse, la fatigue, l’urgence… Tout ça laisse des traces.
Je sors parfois d’une séance avec l’impression d’avoir absorbé trop d’émotions qui ne sont pas les miennes. C’est mon métier, mais c’est aussi ma sensibilité : je ressens énormément. Et les animaux me ressentent aussi énormément.
Alors je dois apprendre à me protéger, à respirer, à poser des limites pour ne pas me perdre dans les émotions des autres.
Dire non : ma plus grande difficulté
Dire non à un client… C’est compliqué. Vraiment.
Parce que derrière chaque message, il y a quelqu’un qui souffre. Quelqu’un qui espère. Quelqu’un qui me confie une partie de son histoire.
Et pourtant, je dois dire non :
– quand le cas dépasse ce que je peux offrir
– quand ma charge mentale est trop haute
– quand l’animal nécessite un autre professionnel
– quand la qualité de mon travail risque d’en pâtir
Dire non, ce n’est pas abandonner. C’est choisir la qualité, la lucidité et la santé mentale. Mais même en sachant ça… la culpabilité existe. Elle est là, discrète, tenace. Et j’apprends à vivre avec elle sans qu’elle prenne trop de place.
Le travail sur moi-même : avancer, évoluer, me rapprocher de qui je suis
Ce métier me change. Lentement, profondément. La bienveillance que je donne tous les jours à mes clients… Je commence enfin à me l’accorder un peu à moi-même.
Je découvre mes limites, mes zones sensibles, mes forces cachées. Je comprends mieux mes émotions parce que je passe mes journées à observer celles des autres. Je grandis avec les animaux que j’accompagne. Avec les humains aussi.
Chaque bilan, chaque séance, chaque suivi me renvoie quelque chose sur moi. Une peur, une force, une faille, une victoire. Ce métier est un miroir permanent qui m’aide à devenir une version de moi plus juste, plus consciente, plus vraie.
Et je remercie sincèrement toutes les personnes et tous les animaux qui croisent ma route. Ils contribuent à ma croissance autant que je contribue à la leur.
En conclusion : je suis humaine, sensible, imparfaite, et en chemin
Ce métier m’apprend à la fois la patience, l’humilité et le courage. Il m’apprend à accueillir le doute sans m’y noyer. À reconnaître mes limites sans en avoir honte. À accepter que le chemin est long, parfois dur, mais terriblement riche.
Je suis humaine. Je doute. Je fatigue. Je me relève. Je progresse.
Et si je peux accompagner les animaux et leurs humains avec autant de cœur aujourd’hui… C’est aussi grâce à toutes ces vulnérabilités.
Elles font partie de moi. Elles font partie de mon travail. Elles font partie de mon histoire.